La bâche, la tabaski et la visite du Président ou la corruption expliquée à mon fils

Publié le par Koukla Tabi

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Le long des routes sénégalaises, fleurissent des étals de fruits et légumes dont l'apparence dépend de l'ingéniosité, de l'adresse et des finances du vendeur.

Composés d'un simple pagne à même le sol, d'empilement de cageots à l'équilibre précaire voire d'une table en bois compartimentée, ils sont tous - soleil oblige - surmontés de bouts de tissus noués entre eux, de toiles colorées ou de sacs de riz recyclés pour l'occasion.

Des morceaux de bois ou de ferrailles de hauteurs inégales soutiennent ces parasols de fortune et confèrent à l'ensemble un aspect bringueballant et vivant.

 

De temps en temps cependant, un vendeur ou une vendeuse plus fortunés ou plus organisés investit dans une bâche de marché plastifiée avec de véritables piquets métalliques. 

 

 Deux petits vendeurs de fruits et légumes installés sur la route qui mène de l'aéroport international Léopold Sédar Senghor au centre-ville de Dakar, avaient justement acquis, cet été, une belle bâche orange pour protéger leurs marchandises. Un petit banc devant l'étal permettait à la ménagère du quartier d'attendre son tour ou de savourer un petit thé tout en faisant la causette.

 

Mais cette belle harmonie ne devait pas durer. Car comme chacun sait, la route de l'aéroport est celle qu'empruntent les dignitaires, les grands de ce monde, les puissants, elle se doit donc d'être propre, dessablée, accueillante.

 

Un jour, des policiers forts zélés, ont estimé que les vendeurs sur le bas-côté nuisaient au bon ordre de la route de l'aéroport. Ils se sont arrêtés devant la belle bâche orangée et ont expliqué que la visite du Président français François Hollande les contraignait à chasser les petits vendeurs, pour ne pas nuire à l'image du pays.

 

- " A moins que.... "

 

"A moins que, quoi ? ", a rétorqué le petit vendeur qui ne voulait pas comprendre.

 

Alors, les trois policiers se sont mis à farfouiller partout, à menacer, à lever la voix et ont défait la bâche et les piquets, ont happé au passage la balance à cadran et sont remontés dans leur voiture, leur butin sous le bras.

 

Les petits vendeurs qui n'ont pas voulu graisser la patte de ces policiers malhonnêtes n'étaient pas dupes, François Hollande avait bon dos, la Tabaski, la fête marquant la fin du pèlerinage dans l'Islam, avait lieu la semaine d'après et tout le monde veut manger du mouton, non ? 

 

Depuis, l'étal des deux petits vendeurs est de nouveau protégé par des morceaux de plastique dépareillés qui claquent au vent.

 

                                      Selon Transparency International, le Sénégal est le 82ème pays le plus corrompu du  monde sur les 176 pays classés par l'ONG en 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Vie quotidienne

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