La vendeuse de beignets

Publié le par Koukla Tabi

A Dakar, comme partout en Afrique, ce qui frappe le visiteur est l'importance du commerce informel. Le nombre de vendeurs et de vendeuses installés sur les trottoirs,  postés aux carrefours stratégiques, ou bien arpentant inlassablement les rues est étourdissant.

Certains agitent des bouquets de menthe fraiche, d'autres des sachets de cacahouètes, certains ont les bras chargés de balais de toutes les couleurs, d'autres portent des plateaux d'oranges sur la tête, certains, soucieux du bien-être de leurs clients proposent des tapis de prière rembourrés, des cure-dents ou des mouchoirs. Dans les rues de Dakar comme à la défunte Samaritaine, on trouve tout.

 

beignets

Ma vendeuse de beignets est bien organisée. Elle s'est installée, probablement devant chez elle, adossée contre le mur de la propriété, assise sur un petit banc en bois, devant une table recouverte d'un drap sous lequel elle cache ses ustensiles pour les tenir éloigner des mouches. A sa droite, un réchaud au gaz sur lequel repose une marmite pleine d'huile, dans laquelle dorent doucement les beignets. Le réchaud est entourée d'un carton, taché d'huile par le temps, ce qui permet de protéger la flamme du vent et les clients des éclaboussures. Un seau de pâte à beignets, muni d'une couvercle est posé devant le réchaud sur un petit tabouret en bois. Une ampoule basse consommation est suspendue au dessus d'elle contre le mur.

 

Ma vendeuse de beignets prend son temps, quelque soit le nombre de clients qui font la queue devant son stand, elle agit avec ordre et méthode.

Elle alterne entre la préparation des beignets sucrés et des fatayas,  farcis aux poissons.  Elle étale de ses doigts des petits morceaux de pâte sur un grand plateau, puis sans jamais se départir de son flegme, elle garnit la pâte de farce pimentée.  Une fois cuits, elle saisit un des petits papiers alimentaires posés sur ses genoux  pour y enrouler beignets ou fatayas, selon la commande.  Enfin,  elle ouvre un petit sachet plastique noir stocké judicieusement à l'angle gauche de la table.  

Sous le drap, elle a placé une casserole remplie d'une sauce rouge délicieuse aux oignons dont elle enduit le pain que les clients apportent eux-mêmes.

Une petite jeune fille, encore en uniforme de collégienne lui demande de garnir son pain pour 150 francs, soit six fatayas.  Un jeune garçon est envoyé faire de la monnaie dans la boutique d'à côté.

Quel lien l'unit à la vendeuse de beignets ? Est-ce seulement un gamin du quartier ou bien son fils, celui d'une copine?

 

 Il est difficile à Dakar de comprendre les liens qui existent entre les personnes que vous rencontrez tant la notion de respect des aînés est importante. Si vous êtes plus jeune, vous ferez tout ce qu'un plus vieux vous demandera comme menu service, qu'il vous soit connu ou inconnu.


Un autre petit gars, venu avec une assiette en plastique verte, reçoit pour sa part sa sauce dans un petit sachet transparent. Parfois, une ou deux jeunes filles s'asseyent à côté de la vendeuse sur le banc pour attendre leur tour.  Une autre l'aide à retourner les beignets dans la friteuse avec un écumoire, dans une étrange chorégraphie où la cliente en raison de son plus jeune âge se transforme en assistante.  Un taximan s'arrête en pilant net de l'autre côté de la rue et crie sa commande par la fenêtre, un enfant surgit d'on ne sait où, lui apporte ses beignets.

Enfin, c'est mon tour, la vendeuse me salue avec un beau sourire,  aujourd'hui cela sera un mélange de beignets et de fatayas, s'il vous plait !

 La recette des beignets et pastels de poissons, c'est ici  ou  ici.

Publié dans Vie quotidienne

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