Mariages collectifs à Ngor

Publié le par Koukla Tabi

Sous un chapiteau monté pour l'occasion, une dizaine de couples se sont unis dimanche en plein air sur la place principale du village lébou de Ngor.

 

Intriguée par le ton sarcastique d'un petit article du site internet sénégalais leral.net  invitant ceux dépourvus de moyens financiers à "se rendre en masse" à Ngor dimanche pour se marier, je suis allée sur place pour voir ce qu'il y avait de si surprenant à organiser des mariages collectifs.

 

Sous le portrait en noir et blanc de Seydina Mandione, le 2ème khalife de la confrérie layène, les hommes d'un côté et les femmes de l'autre, les invités tout de blanc vêtus, ont entonné des chants à la gloire de Dieu dès le milieu de l'après-midi.

 

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A tour de rôle, un homme ou une femme prend le micro et scande de répétitifs "la ilaha illa allah", signifiant "il n'y a d'autre Dieu, que Dieu", la première partie du témoignage de foi des musulmans,  phrase reprise en coeur par les participants.

 

Un grand jeune homme habillé en blanc, croisé un peu plus tôt dans une des ruelles du village traditionnel, m'a expliqué d'un air joyeux, qu'il était venu assister aux mariages de deux de ses copains : " Cette année, il y a 10 mariages, ce sont des jeunes qui se connaissent déjà mais comme il n'est pas bon de se fréquenter comme ça, on est allé les voir et on a demandé à leur famille si elles étaient d'accord pour qu'ils se marient". 

 

Le mariage collectif serait une manière de se prémunir du péché en permettant à des couples de s'unir sans que la dot ne soit due le jour même. 

 

" L'homme va apporter 10.000 francs CFA (15 euros), 5.000 iront à la famille de la femme et 5.000 à l'imam", poursuit le jeune homme qui insiste pour me dire que les jeunes gens se connaissaient déjà. "Plus tard, ils feront une fête quand ils auront de l'argent, mais dès ce soir, ils pourront faire des enfants et maintenant ils peuvent par exemple aller à la plage ensemble...". 

 

Le village entier de Ngor résonne maintenant au son d'" allah akbar kabira" - " Dieu est grand". La sono est assourdissante et au fur et à mesure que les esprits s'échauffent et que l'après-midi avance, les hommes et les femmes entament de singuliers mouvements bien rythmés avec leurs bras repliés : à droite, à gauche, en arrière, devant.


Ils sont tous parfaitement synchronisés et il m'a semblé que les mouvements n'étaient pas les mêmes selon le type de "dikr", de louanges au Seigneur. L'effet des répétitions est efficace. Je ressens une sorte d'engourdissement hypnotique semblable à ce que j'ai pu déjà expérimenter en écoutant la musique Gnawa lors de mariages à Fès ou encore lors de fêtes à Paris où la trance de Goa était diffusée à flot. Je me suis demandée si j'allais voir des participants entrés en transe, mais non les chants s'arrêtent et hommes et femmes se lèvent. C'est l'heure de la prière. Je compte trois rangs d'une vingtaine d'hommes en tête puis six rangs où les femmes sont à droite et les hommes à gauche. 

 

Après la prière, les chants reprennent mais il est 17h, l'heure à laquelle la cérémonie doit débuter, alors les chants deviennent plus feutrés. Les futurs époux sont mêlés à l'ensemble de l'assistance et je suis obligée de demander à un groupe de jeunes filles si elles connaissent et reconnaissent une future mariée. J'ai de la chance car justement, je m'adresse à Seynabou, la soeur d'une promise. Elle m'explique que l'imam va appeler les jeunes gens à tour de rôle et que ce sont les oncles paternels qui accompagnent les futurs conjoints. "L'imam va sceller les unions et délivrer un acte de mariage qui sera utile pour la mairie", me dit-elle. Interrogée sur le fait que seuls les plus démunis choisiraient ce genre de mariage, Seynabou semble surprise et me dit que c'est possible mais sa soeur ne semble pas concernée. "L'homme donne 15.000 francs qui vont aller à l'imam, mais plus tard, il y aura une dot".

 

Voilà, il fait bientôt nuit et la journée se termine, il ne me souhaite plus qu'à souhaiter aux jeunes couples  de vivre heureux et j'espère les croiser à la plage !   

Publié dans Vie quotidienne

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