Nouveau billet de 500 francs, quand les journalistes ne se posent pas beaucoup de questions...

Publié le par Koukla Tabi

billet500FCFA 

 J'en ai un ! Vingt jours après sa mise en circulation, je tiens enfin dans mes mains le nouveau billet de 500 FCFA, valable dans les huit pays de l'Union monétaire de l'Afrique de l'Ouest.

                En voilà un bon sujet pour mon blog !  Immédiatement, je me mets à réfléchir aux données qu'il va falloir collecter pour agrémenter mon papier.

 

Ni une, ni deux, je me connecte au net, avec la ferme intention de répondre à la question du pourquoi  et du combien ?

 

Pourquoi un nouveau billet alors que l'ancien a été retiré en 2003 ? Est-ce pour augmenter la liquidité des échanges, souvent informels et de petits montants, face au manque criant de petites monnaies dans les achats quotidiens ? Est-ce pour accroître la masse monétaire en circulation et suivre la croissance du  Produit Intérieur brut ? Si non, il y a -t-il un risque d'inflation ou les montants en jeu sont-ils trop petits pour que l'introduction de nouveaux billets ait un impact sur l'économie ?

 

Bref, avant toutes choses, je voulais savoir combien de billets avaient été mis en circulation. 

 

Première surprise, pas de réponse sur le site de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), qui se contente de décrire le visuel du billet et nous informe, dans un communiqué que le billet circulera " concomitamment avec la pièce de 500 FCFA". Aucun mot sur le "pourquoi", ni le "combien".

 

Cependant, si l'on prend la peine d'ouvrir le dépliant consacré au billet, on apprend que "sa mise en circulation s’inscrit dans la démarche qualité adoptée par la BCEAO consistant à privilégier l’écoute et la satisfaction du public". Voici donc un début de réponse sur le pourquoi. A ce propos,  c'est ce qu'explique, un économiste interrogé par la voix de l'Amérique : le billet de 500 francs fait plaisir aux "mamas" africaines qui peuvent craner en distribuant des billets de 500 quand la pièce est l'apanage du pauvre.

 

Je me souviens, lors du passage à l'euro, l'Église catholique s'était inquiétée du remplacement possible de la pièce de 10 francs français par la nouvelle pièce d'un euro, valant près de 34% de moins lors de la quête du dimanche. (Voir l'article de la dépêche à ce sujet). Est-ce que le billet de 500 FCFA va remplacer le billet de 1.000 lors des cérémonies de mariage, les baptêmes ou l'aumône ?

Mais je digresse, revenons au dépliant de la BCEAO. Il n'y aurait donc pas de raisons économiques à cette introduction. Soit. Mais peut-être, cela aura-t-il des conséquences sur l'économie...

 

Si on augmente les billets, sans retirer les pièces et si le volume est important et que le PIB ne suit pas, on crée de l'inflation : en gonflant artificiellement la masse monétaire, on crée davantage de demande de biens et services qu'il n'y a d'offre de ces mêmes biens, ce qui entraîne, selon la théorie monétariste, une augmentation des prix, donc de l'inflation.  Le dépliant de la BCEAO  ici et le communiqué de presse ici

 

Pas encore découragée, je me dis que je vais regarder les articles parus dans la presse, absolument certaine que les journalistes avaient répondu à la question du combien ou allaient, au moins, mentionner qu'ils avaient posé la question. 

 

Et là, oh surprise, sur la dizaine de site internet qui annonce l'arrivée du petit billet orangé,  je retrouve quasiment mot pour mot la même dépêche qui ne répond pas à mes interrogations.
Un seul site se pose des questions : "Quelle quantité de ces billets la BCEAO va t-elle mettre en circulation (c’est ce qu’on appelle la création monétaire qu’il ne faut pas confondre avec l’émission monétaire qui correspond plutôt à sa confection) ? En contrepartie de quoi, de quelles richesses créées elle va les mettre en circulation ?", se demande le professeur Abdrahamane Sanogo sur le site du journal du Mali, sans malheureusement pouvoir nous répondre. 

 

Prise d'un doute, je me demande, si le nombre de billets en circulation par exemple pour la zone euro est une donnée publiée. En utilisant un moteur de recherche bien connu, et avec comme mots clefs " billets en circulation zone euro", je tombe directement sur le site de la banque centrale européenne qui m'explique pourquoi le nombre de billets augmente.  Et l'article mentionne que fin 2010, il y avait 14 milliards de billets en circulation pour une valeur de 840 milliards d'euros et 93 milliards de pièces pour une valeur de 22 milliards d'euros. Les chiffres ne sont pas d'une actualité folle mais ils existent...

 

Autre question : un des sites internet cite le directeur des activités fiduciaires de la BCEAO, qui dit que les pièces de 500 FCFA vont être progressivement retirées, ce qui est le contraire de ce qu'annonce le communiqué de presse. Alors, qui a raison, qui a tort ?


Alors, moi qui voulais écrire un tout petit billet, sans me prendre la tête, je vais devoir décrocher mon téléphone pour essayer de décortiquer tout cela ! Et promis, je vous tiens au courant.


PS : Si jamais, amis journalistes, un article complet sur la question avait échappé à mon œil de lynx, veuillez m'excuser et me mettre un lien dans les commentaires, merci !

 

 

 

 

Publié dans Economie

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Damien 20/03/2013 16:13

très clair pour un néophyte. Mais du coup, vient une autre question : comment circule dans cette Afrique de l'ouest d'autres monnaies ? Par exemple l'euro ? Peut-on avoir un ordre de grandeur de la
masse qu'il représente dans les échanges ? Si la masse est importante, quel effet sur l'économie ?