La charité, c'est fini, les maires d'Afrique veulent du business

Publié le par Koukla Tabi

statue-renaissance-DakarElah Blériot a de l'ambition pour sa ville. Il voudrait améliorer l'accès de sa commune au port de Douala,  la capitale économique du Cameroun, construire une brûlerie de café et mettre en conserve les ananas qui poussent à foison dans cette région équatoriale.

Le 6ème sommet Africités qui a réuni à Dakar près de 5.000 représentants locaux de tout le continent du 4 au 8 décembre, est l'occasion pour ce maire de 47 ans de faire la promotion de Mélong, 50.000 habitants, commune située à moins de 200 kilomètres de la capitale économique et de chercher des investisseurs.

"Au Cameroun, l'Etat ne prend plus en charge l'entretien des routes rurales et c'est un vrai problème pour acheminer les produits agricoles", explique-t-il. "Je voudrais transformer sur place le café et ainsi accroître l'emploi".

 

Face à des Etats qui n'ont pu, depuis 50 ans, apporter la croissance espérée, l'idée que les collectivités locales doivent prendre en charge leur développement fait peu à peu son chemin.

"Le développement ne peut plus être impulsé par le haut, il doit venir de la base, des territoires", explique Seyidi Cissé, chargé des Affaires économiques au Ministère de l'Intérieur de Mauritanie.

Et ce développement ne doit plus dépendre de généreux donateurs ou d'improbables soutiens de l'Etat, les maires veulent impulser des projets rentables.

 

Nicéphore Soglo, ancien Président du Bénin avait donné le ton, dès l'ouverture du sommet, en appelant les gouvernements africains à davantage de décentralisation. "L'autonomie financière (des collectivités) ne peut venir que des Etats", a-t-il déclaré, "l'Afrique ne doit plus vivre de charité, on veut du business",  a-t-il ajouté sous les applaudissements.

 

Mais comment amorcer la pompe et attirer les investisseurs quand les besoins sont immenses?

 

"UN POUR TROIS"

Un des leviers de développement abordé lors de deux sessions de travail du sommet Africités est d'utiliser l'argent de la diaspora pour monter des projets. Ndioro Ndiaye, ancienne ministre de la famille du Sénégal sous Abdou Diouf, propose de faire appel à eux en créant des fonds d'investissement au niveau local dans lequel migrant, commune et région abonderait à pat égale.

"L'Etat a failli, il est temps que d'autres prennent le relais", a-t-elle dit.

 

La manne financière des huit millions de migrants de l'Afrique subsaharienne représentait selon la Banque mondiale, plus de 20 milliards de dollars en 2009 soit la moitié environ de l'aide au développement consacré à l'Afrique et plus de deux fois le Produit intérieur brut (PIB) du Mali, l'un des pays les plus pauvres du  monde.

Ces fonds échappent la plupart du temps au secteur formel et soutiennent l'économie de régions entières sans impulser un véritable développement.

 

Ndioro Ndiaye qui préside maintenant l'Alliance pour la migration, le leadership et le développement, une organisation non gouvernementale assure avoir déjà rencontré plusieurs maires sénégalais qui se sont montrés intéressés.

En créant un fonds d'investissement co-géré par les migrants, la ville et la région, le migrant deviendrait selon elle, "un investisseur et non pas un samaritain" et cela permettrait de formaliser l'économie informelle.

 

Le projet surnommé "un pour trois", le migrant devant être le premier à verser une somme d'argent, a soulevé l'enthousiasme de Mamadou Mbaye, maire de Grand Yoff, un arrondissement excentré de Dakar.  Celui qui aime à répéter que "tout le Sénégal est à Dakar et que tout Dakar est à Yoff" doit administrer une ville en pleine croissance de 400.000 habitants confrontée à des problèmes d'assainissement, de transport, de santé ou encore d'éducation.

"Nous distribuons deux fois pas semaine un repas à 35.000 enfants, nous finançons en ce moment la prévention du cancer du sein, alors oui, nous sommes prêts à réfléchir au projet 'un pour trois', a-t-il dit en brandissant son bâton de commandement, objet traditionnel de pouvoir. "Il ne faut pas perdre de vue que le but ultime de toutes ces initiatives est de lutter contre l'exclusion et la pauvreté".

Publié dans Economie

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